Une vente « de siècle » au Grand Palais
En février 2009, la Maison de Ventes aux Enchères Christie’s Paris orchestre au Grand Palais la dispersion de la Collection Yves Saint Laurent & Pierre Bergé : trois jours d’adjudications, et un total de 373.9 M EUR. Un record mondial pour une collection privée et record européen à l’époque. Une scénographie théâtrale, un public international, et des résultats vertigineux qui ont marqué le marché.
Au cœur de cette tempête élégante : un siège compact, brun, aux accotoirs sculptés comme deux dragons en vol. Le Fauteuil aux Dragons d’Eileen Gray (vers 1917–1919), pièce manifeste du design français du XXᵉ siècle devient, le temps d’un soir, l’objet de tous les regards.
Source : Christie's
L’objet : un manifeste de modernité artisanale
Le fauteuil, en bois sculpté laqué et cuir, enroule ses dragons dans une forme organique d’une puissance rare. Conçu par Eileen Gray au tout début de sa carrière, il condense artisanat, expérimentation des laques et vocabulaire décoratif « extrême-oriental » réinterprété. Une pièce à la fois intime et furieusement moderne.
Provenance digne d’un roman : première propriétaire Suzanne Talbot (modiste influente), passage par la galerie de Cheska Vallois dans les années 1970, puis acquisition par Yves Saint Laurent en 1973 pour son appartement de la rue de Babylone, l’un des intérieurs les plus commentés du XXᵉ siècle.
Le coup de marteau : 21.9 M EUR pour un fauteuil (un record)
Le 23 février 2009, la salle retient son souffle. Estimé 2 à 3 M EUR, le fauteuil file au-delà de 20 M EUR frais inclus, signant le record mondial pour un objet de décoratif XXᵉ à l’époque.
Le symbole ? L’outil d’une designer devenue icône, passé de l’atelier au sanctuaire Saint Laurent, puis au rang de totem pour le marché.
Pourquoi cette histoire passionne les chineurs (et les pros)
1) Le pouvoir de la provenance
De Talbot à Saint Laurent, la trajectoire raconte l’ascension d’un objet “d’usage” au rang d’icône. Une fiche de provenance claire change la perception… et le prix (bien sûr).
2) Leçon de “mise en scène”
Dans l’appartement de la rue de Babylone, chaque pièce dialoguait avec une autre. L’accrochage fait l’objet, inspirant pour vos vitrines, stands et pages produit.
3) Artisanat visible, valeur durable
La laque, la sculpture, les assemblages : éloge du geste. Sur le terrain, apprenez à lire ces détails ; c’est là que se niche la valeur.
Pour votre prochaine chine : 5 réflexes “Eileen Gray” (Nos Conseils)
Regardez la matière : laque, cuir, traces d’entretien / restauration (cohérence des usures).
Cherchez l’histoire : ancienne facture, étiquette, témoignage, vente antérieure. Tout document consolide la valeur.
Contexte : l’objet “brille” différemment selon son environnement (lumière, voisinage de styles). Testez des mises en scène.
Comparables : gardez en tête les benchmarks (catalogues, archives de ventes) pour cadrer prix & rareté.
Éthique & transparence : détaillez l’état, la provenance, les interventions — la confiance est le meilleur levier prix.
FAQ
La vente YSL-Bergé est-elle la plus importante jamais tenue à Paris ?
En 2009, oui : 373.9 M EUR au total, record pour une collection privée et record européen, portée par plusieurs résultats historiques.
Pourquoi ce fauteuil vaut-il autant ?
Croisement de qualité (exécution, matériaux), rareté, importance historique (Eileen Gray tôtive), et provenance exceptionnelle (Yves Saint Laurent & Pierre Bergé).
Quel enseignement pour un antiquaire ou une brocante ?
Travaillez la provenance (documents), la présentation (scénographie), et la pédagogie (descriptifs précis). Ces trois leviers transforment la perception et le résultat.